La petite Marie se mit à sourire:—Notre père nous a parlé de vous aussi, Julien, dit-elle; il vous aime beaucoup.

Et les deux enfants regardèrent Julien avec intérêt, comme si la connaissance était désormais complète entre eux.

La ferme ravagée par la guerre.—La guerre est toujours un grand malheur pour les peuples, quel que soit le résultat, et les vainqueurs souvent n'y perdent pas moins que les vaincus. Là où les batailles se livrent, les campagnes sont dévastées: la vie entière dans tout le pays est suspendue tant que dure la guerre, l'industrie est en souffrance, le commerce est arrêté et ne reprend ensuite qu'avec peine. Néanmoins, quand la Patrie est attaquée, c'est à ses enfants de se lever courageusement pour la défendre; ils doivent sacrifier sans hésiter leurs biens et leur vie.

Julien, enchanté, reprit aussitôt: Vous devez être bien contentes à présent d'avoir une ferme et de vivre aux champs? Moi, j'aime les champs comme tout, savez-vous? Et les vaches, et les chevaux, et toutes les bêtes, d'abord!

Le visage des petites filles s'était assombri. L'aînée poussa un gros soupir et ne répondit rien. La plus jeune, Marie, plus expansive que sa sœur, s'écria tristement:

—Oh! Julien, nous avons beaucoup de peine au contraire. Il y a sur la ferme des charges trop dures, à ce que dit papa; et puis, pendant la guerre, les bâtiments ont été à moitié détruits; rien n'est ensemencé. Alors papa dit: «Il vaut mieux que je m'en retourne sur mer!» et maman pleure.

L'enfant, qui avait exposé la situation tout d'une haleine, s'arrêta d'un air découragé.

La petite figure de Julien s'attrista à son tour. En ce moment, l'oncle Frantz et André arrivèrent, et on se dirigea vers la ferme.

Chemin faisant, chacun observait la campagne, en réfléchissant aux paroles désolées de la petite.