—Je le crois bien, répondit le vieux pilote en prenant le petit garçon sur ses genoux: il ira en même temps que vous deux à l'école, et si vous n'apprenez pas vite et bien, il vous fera honte, car il est studieux, lui, et il connaît maintenant son pays mieux que la plupart des autres enfants. Et toi, André, tu nous aideras à cultiver cette terre jusqu'à ce que nous ayons trouvé à t'établir comme serrurier au village voisin. Ce ne sera pas trop de notre travail à tous les trois pour ensemencer ces champs restés en friche depuis la guerre et pour reconstruire cette maison en ruines.
—Oui, Guillaume, dit Frantz avec émotion, tu as raison; nous travaillerons tous, chacun de notre côté. Si la guerre a rempli le pays de ruines, c'est à nous tous, enfants de la France, d'effacer ce deuil par notre travail, et de féconder cette vieille terre française qui n'est jamais ingrate à la main qui la soigne. Dans quelques années, nous aurons couvert les champs qui nous entourent de riches moissons; nous aurons relevé pièce par pièce le toit de la ferme, et si vous voulez, mes amis, nous y placerons joyeusement un petit drapeau aux couleurs françaises.
Chacun applaudit à la proposition de l'oncle Frantz, et Julien plus fort que tout le monde:—Oui, oui, c'est cela, mon oncle, s'écria-t-il. Quand je pense que nous avons eu tant de peine pour être Français et que nous le sommes maintenant!—En même temps, il regardait les petites filles de Guillaume:—N'aimez-vous pas la France? leur dit-il; oh! moi, de tout mon cœur j'aime la France.
Et dans la joie qu'il éprouvait de se voir enfin une patrie, une maison, une famille, comme le pauvre enfant l'avait si souvent souhaité naguère, il s'élança dans la cour de la ferme, frappant ses petites mains l'une contre l'autre; puis, songeant à son cher père qui aurait tant voulu le savoir Français, il se mit à répéter de nouveau à pleine voix:—J'aime la France!
«J'aime la France!... la France... France...,» répéta fidèlement et nettement le bel écho de la colline, qui se répercutait encore dans les ruines de la ferme.
—Tous les échos te répondent l'un après l'autre, Julien, dit gaîment André.
—Tant mieux, s'écria le petit garçon, je voudrais que le monde entier me répondît et que chaque pays de la terre dît: «J'aime la France.»
—Pour cela, reprit l'oncle Volden, il n'y a qu'une chose à faire: que chacun des enfants de la patrie s'efforce d'être le meilleur possible; alors la France sera aimée autant qu'admirée par toute la terre.