—Oui certes, on doit faire boire le cheval avant de lui donner l'avoine; retiens cela, petit, car c'est une chose importante que bien des gens ignorent. Si au contraire le cheval boit après avoir mangé l'avoine, l'eau entraîne les grains hors de l'estomac avant qu'ils soient digérés complètement, et l'animal est mal nourri. Remarque-le aussi, je ne vais atteler Pierrot qu'une heure après son dîner, parce que je le ferai trotter et qu'on ne doit pas faire trotter un cheval qui vient de manger, si on veut qu'il digère bien sa nourriture.

—Est-ce que tout le monde prend ces précautions, monsieur Gertal?

—Non, et il y en a bien d'autres encore que l'on néglige. Les uns remettent sur le cheval le harnais mouillé, qui le refroidit; d'autres négligent de jeter sur son dos une couverture de laine quand ils sont forcés de le faire arrêter et qu'il est en sueur; d'autres le mènent boire quand il est en transpiration, ou lui donnent de l'eau trop fraîche. Tous ceux qui font ainsi agissent contre leurs intérêts. Un cheval mal soigné ne tarde pas à perdre sa vigueur et à tomber malade: c'est une grosse perte, surtout pour les petits marchands comme moi. En toutes choses, le chemin de la ruine, mes enfants, c'est la négligence.

XXXV.—Les montagnes du Jura.—Les salines.—Les grands troupeaux des communes conduits par un seul pâtre.—Associations des paysans jurassiens.

Que de peines nous nous épargnerions les uns aux autres, si nous savions toujours nous entendre et nous associer dans le travail!

Après déjeuner, on quitta Besançon. Pierrot marchait bon train comme un animal vigoureux et bien soigné. Julien et André regardaient avec grand plaisir le pays montagneux de la Franche-Comté, car ils étaient assis tous les deux à côté du patron sur le devant de la voiture, d'où ils découvraient l'horizon.

Évaporation des eaux salées.—On trouve dans la terre de grandes masses de sel; tantôt ces masses de sel sont dures comme le roc, et on se sert pour les briser du pic et de la pioche; tantôt elles sont fondues dans des sources souterraines. Alors on puise l'eau salée avec des pompes et on la fait évaporer dans de larges chaudières ou dans des réservoirs; quand l'eau est évaporée, on retrouve le sel au fond des réservoirs.

A chaque étape du voyage, on déchargeait la voiture, et chacun, suivant ses forces, le patron aussi, allait porter dans les divers magasins les marchandises qu'on avait amenées. Il fallait faire bien des courses fatigantes, et souvent assez tard dans la soirée; mais le patron était juste: il nourrissait bien les enfants, et on dormait dans de bons lits. Nos deux orphelins étaient si heureux de gagner leur nourriture et leur voyage qu'ils en oubliaient la fatigue.