— Comme elle est devenue jolie, n'est-ce pas, Kerjean? Et quelle grâce!… Il ne manque pas de bons apôtres pour me chanter ses louanges… Mais elle est trop jeune.. beaucoup trop jeune… et je ne veux pas qu'on me la prenne maintenant…
— Oui, fit Kerjean, elle est jeune… et portant…
Il s'interrompit. Mme Davrançay rit:
— Fabrice de Mauve, hein?… Je fais l'aveugle et la sourde. Si c'est sérieux, nous verrons bien… Je ne suis pas sans craindre les coureurs de fortune… Et Phyllis sera riche, très riche, mon ami… Je n'ai plus de famille. Ma nièce, Laure Arguin, une vieille fille revêche que je ne puis souffrir… Quand je ne serai plus de ce monde, Kerjean, ma petite Phyl aura la Peuplière… et tout ce que je possède…
Mme Davrançay parla de Phyllis longuement.
— Il y a déjà longtemps, reprit Mme Davrançay, que je pense à ces choses, et j'ai été… lâche, mon pauvre Kerjean… Oui, c'est stupide, jusqu'à présent le courage m'a manqué pour prendre mes dispositions testamentaires… Mais, dès mon retour, c'est décidé, j'appelle mon notaire…
— Madame, fit Kerjean très affectueusement, voulez-vous permettre à l'ami tout dévoué qui se réjouit profondément de votre résolution généreuse, la hardiesse de vous donner un conseil?… Faites l'impossible pour que tout ceci soit ignoré… Notre petite Phyl sera aimée, elle l'est déjà sans doute… Laissez à celui qui l'aimera le mérite du petit acte de désintéressement, de courage qu'il accomplirait en l'épousant sans connaître vos intentions. Si je vous parle ainsi…
—Compris, mon bon Kerjean!… Vous n'avez pas tort…. Et je me méfierai pour elle…
Elle mit un doigt sur sa bouche; Phyllis rentrait.