"Mme de Valois doit être remarquée partout comme une fort belle personne. Ses traits sont réguliers, sa taille superbe. Elle est très froide mais extrêmement courtoise.
"M. Valois est beaucoup moins bien que sa femme. Je ne crois pas qu'il appartienne au même milieu social. Son aspect physique, ses manières, son langage sont lourds et assez vulgaires, mais il a l'air d'un très brave homme. Il adore sa fillette et me témoigne une bienveillance cordiale. Quand il parle de la petite Liliane et de moi, il dit "les enfants"… En route, il nous a acheté à toutes les deux des bonbons… C'était gentil… Mais comme ces gens me sont étrangers, indifférents à moi et à mes peines!
"Au revoir, mon ami, répondez vite.
"Bon-géant, aimez toujours votre petite
"Phyl."
"Villa des Vagues, 20 août.
"Merci, mon bon Kerjean; votre lettre qui me parle, votre lettre qui me gronde, votre lettre qui m'aime, votre lettre est vous tout entier!… Elle me fait du bien.
"Vous dites: "La vie est là qui nous prend, qui nous entraîne; il nous faut marcher, poursuivre notre route…" Vous dites: "A votre âge, le devoir est aussi d'espérer…"
"Je ne sais pas si j'espère, mon ami, mais je vis et les jours passent. La petite Liliane est charmante. Ses paroles, ses rires, ses baisers me sont doux. Nous jouons ensemble sur la plage. Je raconte les histoires d'autrefois, les histoires du Bon-géant.
"Mon élève? Je me demande ce que lui enseigne… Elle est paresseuse comme une chenille… et il fait si chaud! C'est cruel d'imposer aux enfants un travail de vacances. Je lui ai donné un très bien… Mme Valois a jugé mon indulgence excessive et me l'a reprochée. Elle est assez hautaine et ne me plaît guère. Ses belles manières, son beau langage, sont véritablement les plus fastidieux, les plus insipides du monde. Je crois qu'elle ennuie aussi son mari, mais il est très patient avec elle.