"J'espère que Mlle Arguin voudra me donner asile une fois encore. Je ne lui demanderai de me supporter que juste le temps de trouver un autre emploi… Aussi bien, où pourrais-je aller, sinon chez elle, mon pauvre Kerjean? Je n'ai personne…
"Je ne vous prie pas de venir me voir rue d'Offémont. Si ma nouvelle intrusion avait contrarié Mlle Laure, elle ne manquerait pas de me reprocher le sans-gêne de recevoir votre visite sous son toit… C'est moi qui irai chez vous, rue Boursault, demain, vers cinq heures… J'ai un tel besoin de vous voir!
"A bientôt, prenez ma main et serrez-la bien fort dans votre bonne et loyale patte d'ami.
"Phyllis."
VII
Phyllis, toute vibrante, contait l'incident qui avait causé sa fuite.
— …J'étais assise toute seule dans le salon, je feuilletais un livre posé sur la table… M. Valois est venu derrière moi… j'ai cru qu'il regardait les gravures… Et je n'osais rien dire, bien que cette présence invisible et toute proche me fût désagréable… Puis j'ai senti son souffle qui me touchait et, tout de suite, sa bouche s'est posée sur mon cou… Alors je me suis retournée, brusquement, et je lui ai donné une gifle… Oh! une gifle…
Kerjean, le visage dur, un peu pâle, mordait sa lèvre, et ses doigts se fermaient, crispés, sur ses paumes.
— Ma pauvre petite Phyl! Oh! pouvoir donner une leçon à ce lâche individu!
— J'avais tout ensemble envie de le battre encore… et de sangloter… Je me sentais seule, tellement abandonnée… Ah! le lâche, Kerjean! Le lâche, le goujat!…