— Pour cent raisons…

— Lesquelles?…

— Ma chère petite… un homme et une femme mariés sans l'être… vivant comme frère et soeur… l'enfant que vous êtes… vous ne pouvez concevoir toutes les difficultés, toutes les équivoques… Aussi bien, laissons ce côté de la question. Il y a autre chose… Vous dites: Je n'aimerai plus jamais personne… Croyez-vous qu'une telle parole soit article de foi dans la bouche d'une enfant de dix-neuf ans?

— Je ne suis pas une enfant, Kerjean… et je vous répète que je me sens à jamais dégoûtée de l'amour.

— A jamais dégoûtée de l'amour, ma pauvre mignonne! Mais on vous aimera, Phyllis, on vous aimera, parce que vous êtes faite pour être aimée… Et comment voudriez-vous répondre aujourd'hui que vous ne comprendrez pas un jour quel abîme séparait votre petite flirt avec de Mauve, votre naïf roman de fillette sentimentale, et… l'amour, le vrai… celui précisément dont vous ne pouvez pas être "dégoûtée", parce que vous ne le connaissez pas?

Phyllis fut saisie, offensée. Son ami lui parut brutal.

— Vous êtes bien méchant! s'écria-t-elle.

Sa voix s'étrangla.

— J'ai beaucoup, beaucoup de chagrin, Kerjean…

Kerjean regretta des paroles qui, d'ailleurs, avaient un peu dépassé sa pensée. Mais cette disproportion entre les regrets de Phyllis et les mérites de celui qui les causait l'avait toujours agacé.