— Ma chère petite, dit-il, je ne doute pas de ce grand chagrin. Mais c'est parce que je sais combien sincèrement votre pauvre petit coeur s'était donné, que je puis prévoir qu'un jour ou l'autre il réclamera de la vie… Ce jour-là, vous déplorerez amèrement, croyez-moi, d'avoir lié votre avenir à… un frère.

Kerjean s'énerva.

— Ma petite enfant, si j'ai renoncé au mariage, c'est parce que je tiens à mon indépendance, parce que j'en ai besoin…

Phyllis eut un cri.

— Alors vous avez peur que je vous ennuie, que je vous gêne?

— Non!… mais non!… vous ne me gêneriez pas… ce n'est pas cela que j'ai voulu dire… Ma petite Phyl, je serais très heureux de vous avoir toujours auprès de moi… Mais, enfin, vous savez que ma profession comporte des devoirs, des servitudes… des risques, avec lesquels il faut bien que le compte… Il n'y aurait pas de place pour une femme, épouse ou soeur… Je vis en sauvage… Je fuis le monde… Je m'absente fréquemment… Mes recherches, mes expériences m'absorbent plus que vous ne croyez… Voyez-vous l'existence que je pourrais offrir à ma petite compagne?…

Phyllis secoua la tête.

— Oui, je comprends, dit-elle… Pas de passager! L'enivrante solitude!… Un jour déjà, vous m'avez dit cela, Kerjean.

Elle était demeurée à la même place, enfantine et fragile dans sa robe angélique, avec ses deux nattes de pensionnaire.

Il vint s'asseoir près d'elle, prit une des mains.