— Eh bien… Je trouverai un prétexte… Je ne veux pas aller à ce dîner… je ne pourrais pas supporter…

—Phyllis… vous avez peur… peur de rencontrer Fabrice de Mauve…

Guillaume était pâle, et il avait l'air dur tout à coup.

J'ai murmuré:

— C'est affreusement méchant à vous de dire cela. Il est pourtant bien facile de comprendre que de revoir M. de Mauve ne peut être que pénible pour moi… — Il me sera parfaitement désagréable à moi aussi de me retrouver — dans un salon où je serai tenu de me montrer courtois — en face de ce cabotin de l'art et de l'amour que j'ai toujours méprisé… et que je déteste maintenant au delà de tout ce qu'il vous est possible d'imaginer!… Mais je dois à votre dignité et à la mienne de vous conduire à ce dîner… vous me devez d'y aller, Phyllis…

J'étais ennuyée, triste… A quoi bon réveiller cette vieille histoire? Je désire l'oublier… Bruges a été ma dernière fidélité à ce passé qui m'a meurtrie… J'en suis revenue déçue et un peu confuse, un peu honteuse des secrètes pensées qui m'y avaient conduite…

Mais qu'éprouverai-je, quand je me retrouverai près de lui?…

Si je l'ai aimé, c'est qu'il m'était apparu comme le héros de mes rêves romanesques; je lui savais gré d'être avec tant d'élégance et d'esprit, ambitieux, sceptique et impertinent. Sa beauté fine et virile de grand seigneur très moderne, la séduction de son regard, de sa voix, de ses paroles, m'avait conquise. Qu'il eût été très aimé, qu'on eût beaucoup souffert pour lui et à cause de lui, ne me déplaisait pas. Il n'était pas jusqu'à son évident mépris de l'amour et des femmes qui ne me semblât mériter la plus tendre indulgence, quand je pensais en triompher.

Oui, qu'éprouverais-je en revoyant l'homme qui m'a blessée, désillusionnée, humiliée?…

Je souffrirai… Si j'allais aussi regretter… Si j'allais me sentir faible et malheureuse, pleurer… Si j'allais être jalouse de la femme que Fabrice m'a préférée?…