Je ne puis dormir… Je crois que j'ai de la fièvre… C'est cette soirée chez les Mauriceau…
A deux heures, comme j'étais lasse de me retourner dans mon lit, je me suis levée… et j'écris pour tuer mon énervement.
Quelle absurde journée!…
Tout l'après-midi, j'ai attendu Guillaume, en retard sur l'heure que sa lettre avait annoncée… Et naturellement, au lieu de me dire que les paquebots et même les trains ne pratiquent pas la politesse des rois, je me suis figuré les choses les plus extravagantes… qu'il s'était perdu dans les brouillards de la mer du Nord.
Je me suis décidée à m'habiller. La pauvre Anaïk s'effarait devant les agrafes de ma nouvelle robe et ses mains faisaient crisser la soie sans que la besogne avançât.
J'ai entendu un bruit de clé… on a frappé à ma porte… et j'ai été si contente, si soulagée que je n'ai même pas pensé que ma chambre était en désordre, et que ma robe n'étais pas attachée. J'ai crié: "Entrez!" Et j'ai sauté au cou de Guillaume!
Des bourrasques, une véritable tempête de mer, avaient rendu la traversée du pas de Calais plus longue et plus difficile que de coutume.
Mes craintes, que, maintenant, je racontais en riant, amusèrent
Guillaume.
Il a beaucoup admiré ma tunique… et peut-être un peu moi, puis, comme
Anaïk reprenait sa tâche interrompue, il a ri.
— Mais, ma pauvre vieille, cela n'ira jamais…