Guillaume se mit à rire.

— Phyllis? Mais elle m'aime!… Elle m'aime d'une affection très chaude, très fidèle. Je suis son grand ami, son sauveur, son frère… Elle m'aime avec de charmants élans de tendresse, une grâce docile et enjôleuse d'enfant câlin, certain de son pouvoir… Si vous saviez! Un jour elle m'a reproché de ne jamais l'embrasser… Un frère embrasse bien sa soeur, n'est-ce pas?… Et depuis la mort de sa bonne marraine, personne ne l'embrassait plus, la pauvre petite!… Elle se jette à mon cou, elle se blottit contre moi… Chaque soir, quand je rentre, elle accourt à ma rencontre, joyeuse de me voir… Chaque matin, elle vient déjeuner avec moi, toute fraîche dans son peignoir blanc, ses beaux cheveux nattés… Elle me regarde vivre d'un air heureux… Et l'idée que, de cette intimité invraisemblable qui la laisse calme, paisible comme un petit enfant, je pourrais, moi, après tout, être troublé, ne lui a même pas passé par l'esprit…

— Mon pauvre ami, n'est-ce pas vous qui aimez?

— Moi!

Les lèvres de Kerjean se serrèrent un peu.

— Non, je n'aime pas Phyllis… au moins comme vous l'entendez. Peut-être ai-je, pendant trop de jours, vécu, respiré près d'elle… dans un solitude trop évocatrice… En vérité, je crois qu'un saint même y eut un peu perdu la tête… Mais mon affection, très profonde, pour la chère petite amie, n'est pas de l'amour… Ma tâche fraternelle est finie… Vous veillerez sur Phyllis… Plus tard, elle aimera, elle se mariera… J'aurai conscience d'avoir fait pour ma petite Phyl tout le possible…

II

Trois semaines étaient déjà finies, et Phyllis n'avait pas fait de confidences à Jacqueline

Tous les deux ou trois jours, Phyllis recevait de Guillaume une carte ou une lettre assez brève à laquelle elle répondait fidèlement.

Quand lettre ou carte manquait à la date prévue, elle avouait: "J'ai toujours peur qu'il ne fasse une imprudence…"