Jacqueline disait:

— Je conçois vos scrupules, votre répugnance quant à cette fortune, mon ami… Je conçois aussi qu'une pareille situation vous paraisse fausse, impossible… et ne puisse durer… Tout cela est si inattendu… J'étais si certaine que vous étiez heureux… que votre mariage était le dénouement d'une très vieux, et très jeune, roman d'amour.

— Il ne pouvait y avoir d'amour entre la petite Phyl et moi.

— La petite Phyl!… Je me souviens, vous l'avez toujours nommée ainsi… Elle était encore une enfant, une toute petite chose frêle que, déjà, elle vous était chère… que déjà elle avait dans votre vie sa place à elle…

Guillaume sourit:

— C'est vrai, dit-il. Je l'aimais quand elle était encore une enfant… Et quand elle a cessé de l'être, je m'en suis à peine avisé. J'ai continué de l'aimer avec la même sollicitude émerveillée… Je l'aimais d'une tendresse étrange où se fondaient toutes les nuances d'un sentiment profond et très pur… Elle était ma petite soeur, elle était ma petite camarade… Je l'appelais ma petite princesse… J'étais le bon géant qui devait pour elle vaincre les mauvais destins… Peut-être a-t-elle été aussi, qui sait, en ces temps très réalistes, ma petite fleur d'idéal, ma petite épouse de rêve?

— Il lui appartenait encore d'être simplement, humainement, votre femme…

— Comme vous arrangez les choses!… Notre mariage n'a été qu'une simple association…

Le regard de Mlle Albin n'avait pas quitté le visage rude, mâle, et cependant presque ingénu, de Guillaume.

— Guillaume, êtes-vous sûr que Phyllis ne vous aime pas?