Qui m’avait demandé d’écrire pour elle « une histoire très romanesque et un peu invraisemblable. »
G. C.
LES RUINES EN FLEURS
PROLOGUE
— D’un frais chaperon de verveine,
Mes blonds cheveux seront coiffés,
Sur mon corselet de…
Un fichu blanc…
… Dans le petit salon qu’elle appelait son cabinet de travail et où se pouvait, effectivement, deviner, en dépit des tentures à bouquets roses, des étagères frivoles, des bonheurs-du-jour ouvragés et de mille inutilités délicieuses les habitudes d’esprit d’une jeune fille intelligente et studieuse, mademoiselle Irène de Champierre apportait toute son attention à chercher, sous les yeux de son « maître de poésie », une rime qui répondît au mot « verveine » et s’adaptât congrûment au troisième vers de la chanson qu’elle composait.
La beauté de mademoiselle de Champierre contrastait fort avec la joliesse des bergères et des colombines qui folâtraient, vêtues de clair et baignées de lumière blonde, sur les trumeaux de son boudoir. Sa taille un peu haute, sa grâce un peu fière, eussent paru mieux faites pour le luxe somptueux du grand siècle que pour les élégances raffinées du siècle suivant ; cependant la poudre seyait singulièrement à son teint de brune et surtout à ses yeux veloutés — des yeux admirables qui étaient aussi des yeux charmants et qui avaient bénéficié à la cour d’une sorte de célébrité sympathique, depuis le jour, déjà passé d’un an, où, voyant par hasard le comte de Champierre sans sa fille, la tout aimable Dauphine Marie-Antoinette avait amicalement exprimé l’espoir que rien de fâcheux n’eût retenu au logis « les plus beaux yeux du monde ».