— Voilà, fit-elle aimablement, un mot qui me flatte, car, si les apparences ne sont pas trompeuses, vous devez vous connaître en héroïsme, monsieur !

Et la conversation fut reprise au point où on l’avait laissée, lorsque l’imprudence de Fridolin avait effrayé mademoiselle de Chanteraine.

Puis ce fut M. de Plouvarais qui accapara l’officier et profita de ce que sa vieille cousine n’écoutait pas pour questionner l’hôte du château. Avec beaucoup de mesure et de tact, Pierre renseigna de son mieux le pauvre homme qui en était toujours resté à la mort de Louis XVI et qui, moins héroïque que mademoiselle Charlotte, ne semblait pas aussi inébranlable qu’elle dans sa résolution de bouder le soleil jusqu’au retour d’un roi. Cette causerie, à laquelle M. Fridolin prit part, tandis qu’autour du métier où brodait Claude, mademoiselle Charlotte de Chanteraine et mademoiselle de Plouvarais discutaient les mérites d’un motif de dentelle, fut très courtoise. Les deux emmurés y trouvaient, à dire vrai, infiniment de plaisir.

— Le hasard nous a envoyé un hôte fort présentable, déclara plus tard le cousin de Plouvarais. Son langage est celui d’un honnête homme et ses manières ne laissent rien à désirer… Je ne dirai point qu’il ait la grâce fine de nos gentilshommes d’autrefois, mais ses allures sont empreintes de je ne sais quelle élégance mâle dont un Montmorency s’arrangerait tout aussi bien qu’un petit colonel de la République.

Mademoiselle Charlotte haussa les épaules en répliquant :

— Taisez-vous, chevalier !

Puis elle ajouta, radoucie :

— Il est certain que pour un sans-culotte, ce monsieur n’a pas trop mauvaise façon.

— Mais avez-vous remarqué la forme de sa main brune ? s’écria mademoiselle Marie-Rose de Plouvarais. Ces mains-là n’ont certes jamais labouré et s’accommoderaient fort bien d’une manchette de dentelles.

M. Fridolin renchérit encore :