— Le duc de Chanteraine m’a souvent montré le dessin de cette porte, qu’il avait fait exécuter à l’étranger comme la boiserie qui la recouvrait, comme les différentes pièces du mécanisme ingénieux que nous venons de faire jouer… Elle s’ouvre au moyen de deux clés, une clé d’or que je possède, une clé d’argent que Gérard devait me donner… Voyez, c’est là qu’est dissimulée la première serrure…

Et, en effet, comme si, par miracle, le métal s’était amolli parmi les caprices gracieux d’une arabesque, la petite clé d’or que Claude tenait à la main pénétra dans une invisible serrure ; aussitôt, sur un mouvement de la jeune fille, le lourd rectangle de fer trembla et, par le haut, se détacha quelque peu de son alvéole.

— Cette plaque, reprit mademoiselle de Chanteraine, doit se renverser comme un pont-levis, et mettre à découvert les coffres qui renferment la fortune amassée par mon grand-père… mais ces richesses seront respectées et ne verront le jour que lorsqu’un duc de Chanteraine aura reparu dans ce château, apportant la clé d’argent…

Claude avait parlé tristement, de la même voix lente, à peine modulée. Elle se tut encore, puis, brusquement, elle se tourna vers Pierre… Ses yeux agrandis, soudain, exprimaient une supplication ardente, passionnée.

— Il ne reviendra pas, n’est-ce pas ? s’écria-t-elle… Vous ne croyez pas qu’il puisse revenir ?

Ces mots d’angoisse avaient jailli malgré elle du plus intime de son être.

Maintenant, elle le redoutait ce retour jadis tant souhaité !

Une joie folle, presque douloureuse en son intensité, étreignit le cœur de Pierre.

— Non, je ne crois pas qu’il revienne, je ne crois pas, fit-il très bas.

En proie à une émotion fiévreuse contre laquelle sa volonté luttait en vain, mademoiselle de Chanteraine ne semblait se soutenir qu’à peine.