— Vous avez dit, fit-il, que cette bague ne vous appartiendrait que si elle vous était donnée par Gérard de Chanteraine… Voulez-vous l’accepter de moi ?

— Oh ! pourquoi me demander cela ? balbutia la pauvre enfant, pourquoi… c’est mal !…

— Pourquoi ?

Il avait jeté ce mot comme un cri de triomphe. Alors, les yeux de Claude rencontrèrent le regard tendre et lumineux qui les cherchait, et, soudain, ils lurent dans ce regard, comme en un livre grand ouvert, une réponse si merveilleuse qu’ils s’éclairèrent à leur tour, faisant resplendir le visage pâle où des larmes perlaient encore…

— Gérard !… murmura la jeune fille, en hésitant, comme inhabile à prononcer dans la réalité ce nom qu’elle avait tant dit en rêve…

L’homme, à qui elle s’adressait ainsi pour la première fois, n’avait pas quitté les deux mains dont il s’était emparé en maître ; il y appuyait son front, sa joue, il les baisait avec des précautions attendries, comme s’il eût craint maintenant de les meurtrir en les serrant trop fort et il disait :

— Oui, c’est bien moi, Gérard… c’est moi !… Claude, ma petite cousine, ma chère fiancée, nous ne rêvons ni l’un ni l’autre… et j’en ai la preuve ! Notre union était si bien voulue que le ciel a fait un miracle pour nous rapprocher…

Claude ne demandait pas qu’on lui expliquât le miracle ; elle y croyait de tout son cœur et cela suffisait à sa raison. Elle était un peu étourdie de la soudaineté de son bonheur, mais elle était à peine étonnée d’apprendre que le prince Charmant entrevu dans son rêve se trouvât être Gérard de Chanteraine, ce fiancé que l’aïeul lui avait toujours destiné et qui devait apparaître à l’heure dite.

— J’avais deviné… j’avais deviné… quelque chose m’avait dit que c’était vous… répétait-elle comme en rêve.

Et ses yeux rayonnaient et ses lèvres souriaient, et toute son âme était dans ce regard, dans ce sourire.