— Claude, ma bien-aimée…

Alors, elle ouvrit les yeux ; mais ce ne fut pas cette fois la jolie phrase précieuse de la princesse qui lui vint aux lèvres : ce fut un nom, ce fut un cri qui jaillit de son cœur jusqu’à sa bouche, malgré elle, éperdument :

— Pierre !…

— Oh ! merci… merci… répéta la voix.

Pierre Fargeot était à genoux et il serrait étroitement entre ses mains brunes et rudes de soldat, les petites mains qui se sentaient faibles et fragiles sous cette étreinte…

— Il faut que vous partiez, monsieur Fargeot, il le faut, implora la jeune fille.

Mais lui souriait, heureux, ému…

— Claude, murmura-t-il, je vous aime, je vous aime passionnément… Lorsque, pour la première fois, vous vous êtes éveillée sous mon regard, lorsque, dans vos yeux à peine ouverts, votre rêve souriait encore au fiancé que toute votre jeunesse avait attendu, si j’avais passé à votre doigt la petite bague promise, si je vous avais dit : « Je suis Gérard de Chanteraine, votre fiancé, votre mari »… m’auriez-vous fui ?… M’auriez-vous répondu : « Vous n’êtes pas celui que j’espérais… » ? Oh ! parlez-moi sincèrement aujourd’hui…

Claude remua vaguement les lèvres, mais elle ne put émettre un seul mot… Elle était très pâle, tout son corps tremblait… Deux grosses larmes roulèrent lentement le long de ses joues…

Doucement, le jeune homme éleva jusqu’à sa bouche les mains de mademoiselle de Chanteraine et les baisa, puis, à l’annulaire de la main gauche il passa la bague ciselée que Claude lui avait rendue quand il était parti.