Soudain, Claude et Pierre tressaillirent, brusquement arrachés à leur rêve heureux.

Une porte s’était ouverte à quelques pas d’eux et, sur le seuil d’une chambre éclairée, le vieux Quentin venait d’apparaître, une lampe à la main… Il était indubitable que, du premier regard, l’ancien serviteur du duc de Chanteraine avait vu et reconnu l’officier accueilli plusieurs jours auparavant par mademoiselle Charlotte ; son visage était très pâle, si pâle que la blancheur s’en confondait presque avec la neige de sa chevelure vénérable…

Qu’allait penser Quentin ?… Qu’allait-il faire ?… Brusquer une situation déjà délicate et périlleuse, en ébruitant parmi les habitants du château la présence de l’étranger, de l’intrus ? Hâter inopportunément l’heure des explications, des révélations décisives dont Claude avait désiré être l’intermédiaire ?… Tout perdre peut-être, en éveillant ainsi contre Pierre la susceptibilité méfiante de mademoiselle de Chanteraine ?…

Il fallait obtenir de Quentin la promesse de taire jusqu’à nouvel ordre le secret qu’il avait surpris, il fallait se faire un allié de cet incorruptible, en lui démontrant la raison d’être et l’importance de ce sursis…

Claude eut un moment d’angoisse terrible. Toute parole se figeait sur ses lèvres.

Mais Quentin s’était approché, calme, respectueux :

— Daignez permettre à votre fidèle serviteur d’éclairer vos pas… fit-il d’une voix grave.

Et, sans attendre de réponse, sans s’informer de la direction à suivre, il dépassa les jeunes gens et marcha devant eux, toujours très pâle dans l’orbe lumineux de la lampe que sa main, à peine tremblante, élevait à la hauteur de ses cheveux blancs…

A la porte de la tourelle il s’arrêta, prit doucement la lanterne des mains de Pierre et, toujours sans parler, remit au jeune homme le fanal plus puissant, qu’il avait lui-même porté jusque-là.

— Merci, répondit simplement l’officier, dominé par cette décision déférente et silencieuse.