Et Fridolin avait hoché la tête sans rien dire.
Les choses en étaient restées là.
— Comme la première fois, j’irai vous annoncer, monsieur Fargeot ! fit Claude en souriant.
Mais, maintenant, une inquiétude lui venait sur l’accueil qui pouvait être fait à ce cousin dont la résurrection lui semblait à elle si naturelle.
— Il est indispensable, ajouta-t-elle pensivement, que, lorsque je montrerai à ma tante les objets qui nous ont révélé votre véritable nom, votre véritable personnalité, je sois en mesure d’affirmer l’identité de ces objets, en invoquant, à l’appui de mon dire, le résultat probant d’une expérience décisive… Il faut, en un mot, que personne ne puisse nier un instant que la clé d’argent apportée par vous soit celle qui, selon la volonté du duc de Chanteraine, devait ouvrir le coffre de fer.
— Vous avez raison, répondit Pierre.
A la clarté vacillante de la lanterne qu’on allumait chaque soir pour monter du logis souterrain aux étages supérieurs, Claude et Pierre recommencèrent donc, à travers le château obscur, le voyage qui les avait une fois déjà conduits en face de l’énigme troublante dont le secret leur était alors demeuré impénétrable.
Avec quelle angoisse, quelle terreur confuse de leurs destinées, ils avaient parcouru les couloirs déserts !
Et voilà qu’un espoir, un bonheur invraisemblable avait tout éclairé en eux et autour d’eux ! Voilà que, s’aimant, ils avaient le droit de s’aimer ! Voilà que Pierre pouvait penser, lorsqu’il soutenait la jeune fille, lorsqu’il lui prenait la main pour la guider, que cette course vers un but défini et proche n’était que le prélude et le symbole d’une autre course plus longue et plus incertaine qui durerait jusqu’à la mort et qu’il ferait aussi avec Claude, en la protégeant de sa force, en la réchauffant de son amour, en s’efforçant d’écarter tout obstacle et tout péril sur les pas de cet être délicat et doux dont la vie allait lui être donnée.
… Leur marche était lente, un peu hésitante ; ils n’échangeaient pas beaucoup plus de paroles que la première fois, mais il était doux à ces fiancés dont les âmes se pénétraient sans le secours des mots, de se taire ainsi dans l’ombre et le silence qui les enveloppaient et chacun d’eux croyait entendre penser l’autre, au fond de son propre cœur…