Alors la pensée ne vint pas à Claude plus qu’à Pierre, d’interroger les grands coffres d’or et d’argent qui apparaissaient dans la profondeur du mur et dont les reflets se réveillaient superbement au contact de la lumière. La jeune fille tendit ses mains à Pierre qui les prit dans les siennes et tous deux se sourirent, les doigts entrelacés, des larmes plein les yeux…
La porte de fer et la boiserie furent refermées sans que Claude et Gérard de Chanteraine eussent pu soupçonner la valeur ou même la nature de cette fortune que le vieux duc avait jalousement recueillie et cachée pour eux.
Que leur importait ? Si leurs cœurs, en un élan de reconnaissance, donnèrent, à cette minute même, un souvenir à l’aïeul, ce fut seulement parce que ce grand prévoyant, dont on avait tant souri, les avait fiancés dans le passé ; ce fut parce que ce vieillard chimérique, qui croyait aux légendes, s’était révolté contre la triste évidence des choses positives, pour garder Claude à Gérard, pour nier que la mort eût pu séparer ceux que l’amour devait unir…
… Puis, Pierre se retrouva seul dans le boudoir de la Belle au bois.
Claude lui avait dit :
— Ayez patience, je viendrai vous chercher bientôt.
A son tour, il se sentit bouleversé de crainte, d’inquiétude.
Il attachait fort peu de prix à la fortune et le nom de Fargeot, tel qu’il l’avait porté, et qu’il le portait, lui semblait, à vrai dire, valoir le nom de Chanteraine. Il croyait fermement qu’il y a plus d’honneur pour un homme à mériter l’estime et la considération de ses semblables par ses actes personnels et son caractère propre qu’à les tenir d’un nom et d’un titre illustrés par les œuvres plus ou moins lointaines d’aïeux plus ou moins légendaires… Mais seul, le nom de Chanteraine permettrait à l’officier républicain d’épouser Claude.
… Ce qui se décidait dans le salon de l’épinette ou sous les yeux des vieux portraits, c’était l’avenir de cet amour passionné qui avait pris la vie de Pierre.
Et le jeune homme se disait douloureusement qu’il ne lui était guère permis d’attendre de mademoiselle Charlotte de Chanteraine et des cousins de Plouvarais, l’adorable confiance que Claude lui avait témoignée.