—Non, non, je sais que vous ne m’aimez pas, disait-elle. J’ai lu une lettre... je sais que c’est un mariage arrangé... oui, je sais tout... Oh! mon Dieu! j’aurais mieux aimé le couvent comme Jacqueline!

—Un mariage arrangé? répétait Jean qui se demandait s’il ne perdait pas un peu la tête. Ma pauvre enfant, que voulez-vous dire? vous me rendez fou... pourquoi ne m’aimerez-vous jamais?... Voyons, que vous ai-je fait pour que vous pleuriez ainsi, pour que vous me fuyiez, moi qui ne vis plus qu’en vous. Je souffre beaucoup, Léa, je vous assure...

Et malgré la résistance de la jeune femme, il lui avait pris les mains, il lui parlait doucement, ardemment.

—Vous croyez que je ne vous aime pas? Comment avez-vous eu cette pensée? Regardez-moi, écoutez-moi...... Je vous adore et peut-être mille fois plus aujourd’hui, parce que nos deux vies sont liées pour toujours, parce que maintenant votre joie et votre peine dépendent de moi, parce que vous êtes mon bien, mon trésor... Tout à l’heure encore, votre mère m’a dit: «Aimez ma Léa, soyez bon pour elle! Tout en l’aimant comme votre femme, aimez-la aussi comme une fille chérie, remplacez-moi un peu.» Et je lui ai répondu: «Soyez heureuse, soyez tranquille, oui, je l’aimerai, je la protégerai, jamais sa petite main ne quittera la mienne.»—Ah! ma chérie, vous croyez que je ne vous aime pas!

D’abord, elle avait levé ses grands yeux, puis ses paupières s’étaient baissées comme alourdies par les larmes qui se succédaient, perlant aux cils.

—Je sais... Je sais bien que vous n’êtes pas méchant... mais...

—Mais quoi? Je vous ai toujours aimée, Léa, toujours... Ma Léa, je vous le jure... Je vous ai adorée le premier jour, le premier instant.

Elle secouait la tête d’un air triste et sérieux.

—N’essayez pas de me tromper, Jean, il y trois jours, quand j’ai lu cette lettre, j’ai tout compris.

—Enfin, Léa, quelle lettre, quelle lettre?