—Je voudrais vous entendre dire que vous ne doutez pas de ma tendresse, Léa, de ma tendresse infinie?
—J’ai confiance en vous, Jean.
—Alors, si vous me donniez la main en signe de pardon... voulez-vous?
—Oui.
Et, lorsqu’il eut baisé cette main toute menue, il la retint prisonnière dans la sienne, pour raconter la chère histoire de son bonheur.
—Léa, nous nous connaissions à peine, quand j’ai passé à votre doigt cette petite bague qui vous rendait si fière, mais, depuis longtemps, je sentais qu’il est triste de vivre sans but, de travailler sans récompense, et, souvent, seul, le soir, j’évoquais la vision d’un doux foyer où m’accueillerait un sourire, un baiser... Vous rappelez-vous ces fleurs de Nice, dont vous composiez des bouquets l’autre jour... Vous mettiez de côté les plus fraîches, les plus belles et vous disiez: «Pour maman!...» Eh bien! Léa, moi, toute ma vie, j’ai conservé dans un coin de mon cœur, le plus pur de mes sentiments, le meilleur de ma pensée, ce que je devinais en moi de vraiment bon, de tendre, d’aimant, en disant: «Pour ma femme!» Et j’éprouvais comme une souffrance en me demandant: Existe-t-elle, la rencontrerai-je jamais?... Alors, vous savez, quelquefois on a besoin de se confier, je parlais à ma vieille amie, à madame de Prébois, je lui disais: «Vous qui aimez tant à bâtir des romans, me la trouverez-vous un jour, l’adorable créature que je rêve!»
—Voyons, Jean, me répondit-elle une belle fois, comment la rêvez-vous?
Léa écoutait, attentive, elle attachait sur Jean des yeux très doux où passa soudain une inquiétude.
—Oui! comment la rêviez-vous, Jean? murmura-t-elle.
Il l’enveloppa d’un regard plein de caresses.