Puis, une nuit, à moitié folle, la poitrine pleine de sanglots, elle se leva, elle écrivit...

Plus de prince charmant! plus d’héroïne en sucre rose! plus de descriptions fades où les oiseaux chantent sous un ciel trop beau! C’est en vain qu’Andrée voudrait s’envoler vers le pays des songes...

Elle écrit l’histoire, le journal d’une femme!... Cette femme aime, elle n’est pas aimée, et elle se sent devenir folle, parce qu’elle est jalouse, parce qu’elle éprouve le vertige de la mort, parce qu’elle a peur du suicide qui l’attire.

Oui, elle appelle la mort à grands cris, la malheureuse! Et cependant, comme elle a soif de vivre! Les sentiments les plus contraires se tordent dans ce cœur torturé. Elle adore et elle hait; elle s’agenouille devant l’idole et se relève menaçante; elle s’élance jusqu’au ciel dans un hymne de passion triomphante, puis elle retombe sur la terre, dans l’abîme du désespoir!...

Parfois une larme délaye l’encre d’un mot, qui s’étale sur le papier... Andrée écrit toujours!... Les heures s’écoulent, elle écrit encore... enfin, brisée de fatigue, elle se jette sur son lit, elle dort sans rêves.

Et, le lendemain, elle est éblouie de ce qu’elle a fait. Dans ces pages, brûlantes de vie, elle se retrouve toute, non plus elle, la pensionnaire romanesque, mais elle, transfigurée par la passion; elle, sacrée femme par la douleur!

«Ah! Marius, Marius, si vous lisiez cela!»

Le cœur lui saute dans la poitrine, elle se met en route. Hélas! sera-t-il chez lui?

Certes il est chez lui.

Souriant d’un sourire complaisant, il boucle sur ses doigt les cheveux blonds de Zinette; et Zinette, toute frêle sous les plis soyeux d’une simarre byzantine, lui distille à l’oreille de petits mots bêtes qu’il trouve charmants.