—Pauvre Lydie! soupira Jacqueline.

—Non, répéta rêveusement la vieille, non, ne dites pas pauvre Lydie... je ne les regrette pas mes quelques jours d’espérance...

Et elle ajouta plus bas:

—Je ne regrette même pas les jours qui ont suivi... et j’ai toujours gardé les roses.

Elle se tut encore, puis très vite, avec une lueur enfantine dans ses yeux humides:

—Voulez-vous les voir? dit-elle.

De sa voix chevrotante, elle indiquait à la jeune fille un livre à fermoirs d’argent, dans la case droite du tiroir: un vieux livre de communiante, marqué de signets ajourés et noué de faveurs bleues... Ternes maintenant, maintenant desséchées, si diminuées, si minces qu’on les croyait prêtes à tomber en poudre, elles dormaient dans le reliquaire enrubanné, les pauvres fleurs qui, jadis, comme la petite communiante du livre blanc, avaient été fraîches et belles! Et Jacqueline les prit curieusement sur les pages enluminées où des saintes priaient auréolées d’or; alors Lydie s’écria, inquiète:

—Faites bien attention, mademoiselle... n’effeuillez pas les roses!

A ces mots, la jeune fille tressaillit soudain; se rappelant ses roses à elle, ses pauvres roses qu’elle avait impitoyablement meurtries, elle compara sa destinée à celle de cette humble.

Pauvre Lydie! Il n’y avait eu dans sa longue existence qu’un seul bouquet, qu’un seul beau songe, et, de ces fleurs sitôt passées, de cette petite flamme de rêve sitôt éteinte, elle avait parfumé sa vie, elle avait réchauffé son cœur.