—Je vois qu’en bonne chrétienne, vous voudriez me ramener tout doucement à Dieu, et peut-être même à notre sainte Anne d’Auray, n’est-il pas vrai, ma petite cousine?
Elle rit gaiement avec lui.
—Qui sait, mon grand cousin!... Mais, quoi qu’il en soit, permettez-moi de vous dire qu’en parlant d’un but proposé ici-bas à tout être, ce n’est pas uniquement au point de vue religieux que je me place... au point de vue chrétien encore bien moins!... Car, je crois qu’un Hindou, ou même un sauvage du Congo, a sa mission comme vous et moi... seulement c’est une mission en rapport avec ses facultés et l’état de civilisation de son pays. De toutes les idées religieuses, plus ou moins contestables, je ne garde en vous parlant ainsi que celle de Dieu, parce que, sans elle, il n’y a plus ni bien, ni mal, ni morale, ni conscience, ni rien!... Vous croyez bien à la conscience, mon cousin?
—Dans une certaine mesure, oui.
—Comment cela, dans une certaine mesure?
—Je crois que la conscience, c’est-à-dire l’idée du bien et du mal, est une sorte de convention tacite dont les conditions diffèrent selon les pays, les climats, la race et la civilisation des peuples. En un mot, je crois que la conscience de votre sauvage du Congo n’est pas du tout faite comme la mienne.
—Comme la vôtre! ah! j’aimerais bien savoir comment elle est faite, la vôtre?
—Oh! le mieux du monde, je vous assure... Elle est blonde, très jolie, et porte à ravir une robe couleur d’aurore.
—Quelle folie!
—Elle est très douce et très sage, elle me parle d’honneur et de devoir... Ah! ce n’est pas elle qui me conseillerait d’imiter les habitants d’un pays dont parle je ne sais plus qui!... des hommes très bien intentionnés, qui tuent leur père, dès qu’il est vieux!... C’est l’usage... Que dites-vous de cet usage-là, Janik?