Cette tombe, saluée un jour par le «Tout Paris» des grandes premières, une main l’embaumera-t-elle, choisissant, par une coquetterie, les fleurs préférées du cher disparu?...
Non, cent fois non!
Après ce bruit, après ces regrets de commande, le silence planera profond sur cette mort mystérieuse dont le début d’un acteur ou le procès à scandale d’un financier aura détruit déjà l’actualité poignante.
Le nom de Jacques Chépart subsistera peut-être... celui de Bernard de Nohel, personne ne le prononcera plus!
—«Et je n’ai jamais été méchant, pourtant!» s’écria-t-il tout à coup, dans une révolte.
Non, il n’avait jamais été méchant; mais jamais non plus il n’avait livré son cœur et sa pensée, jamais il ne s’était donné tout entier, lui tel que la nature l’avait formé, faible, imparfait, mais bon, mais sincère!... Sans être aucunement comédien, il avait, presque inconsciemment, joué un personnage dans le monde. Insouciant et fier, un sourire sceptique aux lèvres, il avait passé, n’inspirant, en fait d’amitiés, que des engouements, flatterie qui ne le trompait guère; en fait d’amour, que des passions, feux de paille auxquels il ne se brûlait pas.
Hommes et femmes n’avaient été pour lui que des sujets. La grande loi qu’il s’était imposée et qu’il avait prêchée aux autres, l’indifférence, érigée par lui en principe initial de toute existence raisonnable, le punissait maintenant par où il avait péché.
Ah! poser sa tête incendiée par la fièvre sur un cœur qui battrait pour lui! Sentir sur ses yeux des lèvres attendries qui y boiraient ses larmes! Pouvoir se dire surtout: «Je n’ai pas le droit de mourir; une vie dépend de ma vie!»
Les mains de Bernard s’agitaient d’un mouvement convulsif qu’il ne savait plus maîtriser; les pensées qui se heurtaient dans son esprit, lui causaient un mal presque physique...
Et il regrettait maintenant d’être venu à Nohel. Faible, incertain, il en arrivait à douter de la résolution que, d’abord, il avait si fermement embrassée.