—Et désormais, hélas! murmurait-il, je ne suis plus qu'un vieillard impuissant!...

Les heures de lutte furent courtes, mais sublimes.

José Gabriel, le grand chef des Condors, avait fait trembler les Espagnols. A la tête d'une multitude indisciplinée, il sut l'emporter sur les troupes régulières, conquit rapidement six provinces, gagna plusieurs batailles, se fit proclamer inca sous le nom royal de Tupac Amaru, et fut sur le point d'affranchir la race opprimée.

Le sort des armes le trahit; il fut fait prisonnier et puni de son héroïsme par un supplice infâme.

Les Espagnols le mirent à mort avec des raffinements de cruauté dignes,—a dit un historien[5],—des premiers conquérants du Pérou.—En présence de sa femme et de ses enfants, on lui arracha la langue, puis on le fit écarteler.

[5] Frédéric Lacroix, Pérou et Bolivie.

Ces barbaries, loin d'intimider les insurgés, redoublèrent leur fureur en légitimant leurs représailles. Andrès, cacique de Tinta, prit le commandement;—à son tour, selon l'usage antique, il reçut le titre éminent de grand chef des Condors (Cuntur-Kanki).

Le soleil, le feu, l'aigle et le lion sont des emblèmes religieux ou nobiliaires, communs à la plupart des peuples. Chez les anciens Péruviens, le soleil passait pour Dieu; le feu, son symbole, était entretenu par des vierges soumises aux mêmes lois que les vestales romaines.—Le plus redoutable des oiseaux de proie de leurs montagnes, gigantesque vautour, le cuntur ou condor, donnait son nom aux guerriers, qu'on décorait également de celui de Puma, c'est-à-dire de lion. Ainsi, Léon de Roqueforte ne fut connu que sous le surnom fameux de Puma del mar, le lion de la mer.

«Un chef de guerre était appelé Apiu Cuntur, grand vautour; Cuntur Pusac était le titre réservé au chef de huit Condors; le titre supérieur, Cuntur-Kanki, n'était décerné qu'au chef des chefs, au général[6]

[6] Valdes y Palacios, Voyage de Cuzco au Para.