Après José Gabriel, son neveu Andrès sut s'illustrer par un grand stratagème dont l'histoire lui attribue tout le mérite.
Il avait mis le siége devant la ville de Sorata, où les Espagnols s'étaient retranchés derrière des fortifications de terre, défendues par une puissante artillerie. Les Péruviens, mal armés, ne parvenaient point à prendre la place. Andrès fait construire avec une merveilleuse promptitude une longue jetée qui réunit les eaux des montagnes d'Ancoma, dirige le torrent contre les remparts, ouvre la brèche par ce moyen et envahit la ville, dont les défenseurs furent massacrés en punition du supplice hideux infligé à l'Inca José Gabriel[7].
[7] Historique.
Les Espagnols durent, bientôt après, conclure un traité avec le cacique victorieux, qui venait en même temps de venger mille fois sa fille Catalina.
Enfin le marquis de Garba y Palos, retiré des prisons de Lima, ayant repris le gouvernement de Cuzco, les années de trêve commencèrent.
Isabelle grandit sous les yeux de son aïeul. Elle se développait en force et en grâce, telle que sa mère. Un noble rejeton de la race antique des Incas fleurissait sur une tige,—espagnole il est vrai, mais arrosée d'un sang vénéré par les nations indigènes.
Malheureusement, le marquis de Garba, rappelé en Espagne, fut remplacé par un despote. Les jours de servitude revinrent. Andrès ne dut son salut qu'au dévouement de ces mêmes sujets, qui sont à cette heure pieusement groupés autour de lui.
Il vivait au désert, dans les ruines d'un château-fort abandonné à la suite des fréquents tremblements de terre qui rendaient la contrée presque inhabitable. Ses compagnons d'exil ayant recouvert de branchages et de chaume l'enceinte dévastée, la meublèrent peu à peu avec un luxe inattendu.
Formés en petites troupes de cavaliers, ils pénétraient, par des chemins connus d'eux seuls, jusque dans l'intérieur du pays, dépassant parfois Tinta et Cuzco, villes situées à près de cent lieues de leur mystérieux asile.
On était parvenu à faire croire aux Espagnol que le vieil Andrès de Saïri était mort;—pour mieux les tromper, on célébra ses funérailles selon les rites péruviens. Les dépouilles mortelles qui passaient pour les siennes furent accompagnées avec pompe, durant un trajet de trente lieues, par les tribus quichuas du territoire, et enterrées dans l'île de Plomb, que baignent les eaux du lac Sacré[8].