S'adressant ensuite à Sans-Peur dans une langue inconnue de tous, si ce n'est de Taillevent:
—Ton drapeau a été vu dans tes îles; partout il a été salué avec joie; mais partout aussi, les hommes de l'Angleterre menacent les peuples de la fureur des hommes terribles de la tribu de Surville et de Marion.
C'est sous ce nom redouté que les Français étaient et sont, encore de nos jours, désignés aux indigènes par les navigateurs anglais.
—Ah! brigands d'Anglais de malheur! dit maître Taillevent qui s'était rapproché de son ami Parawâ, ils n'ont pas manqué de gâter nos affaires par ici, pendant que nous courions un bord de l'autre côté du cap Horn.
—Et qu'a dit Parawâ-Touma? demandait Léon.
—Il a dit: «La langue des hommes de la tribu de Touté[9] est double; ils viennent pour nous acheter et nous vendre; Léo l'Atoua est leur ennemi. Léo l'Atoua est un grand guerrier, un chef juste et puissant, le père des hommes tatoués; son haleine est le courage; son œil gauche est le soleil.»
[9]—Les Anglais,—le nom du capitaine Cook, corrompu par la prononciation des Polynésiens, étant devenu Touté.
Pendant quelques minutes encore, Léon interrogea Parawâ en sa langue;—puis, satisfait de ses réponses, il le regarda fixement et fit un pas vers lui.
Alors, avec une joie grave, l'indigène se rapprochant de même, appuya le nez contre le sien en aspirant son haleine.
Tel est le salut fraternel qui, à la Nouvelle-Zélande, équivaut à nos embrassements.