XIX
TREMBLEMENT DE TERRE.
Les tremblements de terre, très fréquents au Pérou, y ont occasionné d'effroyables désastres. En 1678 et 1682, Lima et le port de Callao, situé à deux petites lieues, furent éprouvés cruellement; en 1746, les deux villes s'écroulèrent, et la mer couvrit l'emplacement occupé par l'ancien Callao, dont on aperçoit encore les ruines sous les eaux dans la partie de la baie appelée mar Braba. Sur quatre mille habitants, d'après la tradition, il n'en survécut qu'un seul.
Le 19 octobre 1682, la ville de Pisco fut engloutie. En 1755, à l'époque du fameux tremblement de terre de Lisbonne, Quito s'écroula de fond en comble.—De nos jours, les villes d'Aréquipa, d'Arica et vingt autres ont souffert les plus grands dommages, malgré la nature des constructions faites désormais en vue de résister aux secousses.
La baie de Quiron, où le brig corsaire le Lion venait de jeter l'ancre, était sans contredit le point du littoral le plus dévasté par les convulsions souterraines. La forme abrupte des mornes, fendus comme par des haches géantes,—les déchirements du rivage,—les incroyables différences des fonds sous-marins, insondables en certains points très voisins de la côte,—la coupe étrange des récifs qui la bordaient,—le bouleversement des terres arables qui, en plusieurs endroits, s'étaient évidemment déplacées, le démontraient moins encore que l'abandon du territoire par tous ses colons primitifs.
En 1755, la bourgade de Quiron disparut dans un gouffre d'où s'échappèrent des flammes; la garnison espagnole s'enfuit du château, dont il ne resta que les murs d'enceinte. Durant plusieurs années consécutives, des grondements semblables au bruit du tonnerre ne cessèrent de se faire entendre. Il fut avéré dans la province que sous ce sol mouvant existait une cavité volcanique, où plages et montagnes s'effondreraient quelque jour. Personne n'osa se fixer à moins de cinq ou six lieues. La terreur s'accrut avec le temps, si bien que les gens du pays avaient l'habitude de faire un long circuit pour éviter de traverser cette région maudite.
Plus elle était déserte, plus elle convenait au cacique Andrès et à Léon de Roqueforte, qui s'y rembarqua, en 1790, sur la goëlette taïtienne avec laquelle il avait mystérieusement abordé au Pérou. En 1791, après avoir répandu le bruit de sa mort, le vieux chef des Quichuas s'y établit. Depuis, les secousses de tremblement de terre avaient été rares et sans grands effets. Celle qui se faisait sentir maintenant était formidable.
La nature semblait s'être reposée longuement avant de faire un effort suprême pour déchirer les flancs de la montagne de Quiron.
Les serviteurs du cacique se souvinrent de l'opinion accréditée;—ils crurent à bon droit que l'heure dernière sonnait pour eux;—les uns se jetèrent à genoux en faisant le signe de la croix, les autres poussèrent des cris affreux.