—Oui, mon père, allons, dit Léon de Roqueforte en lui offrant l'appui de son bras. Je n'y entrerai pas, cependant, avant d'avoir jeté un coup d'œil dans cette cavité qui s'est ouverte,—miraculeusement peut-être,—à l'instant même où nous abordions.

—Quel est donc ton dessein? demandait le cacique.

—A quoi bon en parler, si je n'ai qu'une idée vaine?

On gravit la pente sablonneuse qui conduisait de l'observatoire d'Andrès au château de Quiron. Une joie respectueuse rayonnait sur les fronts de tous les serviteurs.

Parawâ, qui suivait de près le Rangatira-Rahi, son atoua, disait en langue espagnole:

—Le Lion de la mer ne meurt pas!... non, non! il ne meurt pas, le Puma des grandes eaux salées, le Vautour des mornes et des îles, le Feu qui éclaire et qui brûle, le Soleil de l'Océan!... Ce qu'il annonce arrive. Ce qu'il dit est vrai toujours. Ce qu'il a promis, il le donne. Ce qu'il se propose, il le fait.—A tous les peuples qu'il aime, bonheur! A vous donc, bonheur, hommes de la tribu du chef des Condors!

Ces paroles du sauvage cannibale faisaient impression sur les Quichuas, bien que ceux-ci fussent relativement civilisés.

Ils étaient chrétiens, possédaient pour la plupart quelques connaissances élémentaires, devaient à leur contact avec les Espagnols des idées opposées aux féroces préjugés d'un anthropophage, et appartenaient à une nation sortie de la barbarie fort antérieurement à la conquête des Pizarre; mais aucun d'eux n'était de la classe supérieure. Serviteurs d'Andrès, pêcheurs, chasseurs, mineurs ou simples paysans, ils ne possédaient pas l'éducation nécessaire pour se soustraire à l'influence de l'enthousiaste Parawâ. Eux-mêmes fondaient, d'ailleurs, leurs plus chères espérances sur le retour du Lion de la mer et de la fille des Incas; comment ne se seraient-ils pas complus à écouter le Néo-Zélandais, dont l'intelligence naturelle était, du reste, bien au-dessus de la leur?

Devant eux, le dernier représentant de la race toujours vénérée de leurs anciens rois marchait appuyé sur l'épaule d'Isabelle, leur reine, et sur le bras du Lion de la mer, leur vengeur, leur libérateur et leur prince. Ils croyaient donc, avec Parawâ, que la terre, la mer, le ciel du Pérou et les Condors, emblèmes vivants de leur patrie, avaient salué comme eux le débarquement des jeunes époux.

Aux approches du château de Quiron, Sans-Peur, laissant Isabelle avec son aïeul, fit un signe au Néo-Zélandais; puis, ils se dirigèrent ensemble vers la grande caverne, d'où s'échappaient d'épaisses vapeurs.