Léon se transporte sur la jonque armée de quelques bouches à feu, et navigue de conserve avec son trois-mâts.

Aux abords de Manille, sans explications aucunes, il est salué par la bordée à mitraille d'un brig de guerre espagnol. Cette agression brutale le met dans le cas de légitime défense; le brig, pris à l'abordage, devient le navire amiral de Léon, qui, après un tel exploit, n'a plus la témérité de se rendre à Manille. En vain le capitaine espagnol se confond en excuses et réclame la restitution de son bâtiment.

—La France indemnisera l'Espagne s'il y a lieu, lui répond Léon de Roqueforte. Malgré la paix des deux couronnes, vous m'avez attaqué; malgré la paix, je déclare votre brig de bonne prise.

—Mais, à votre allure, j'ai cru que vous étiez un pirate chinois.

—J'avais arboré mes couleurs. Du reste, voici un pli adressé au ministre de la marine française; il ne relate que des faits dont vous convenez vous-même. Fondez vos réclamations sur mon rapport, et que Dieu vous garde!

Une chaloupe fut mise à la disposition du capitaine espagnol et de ses gens, tandis que Léon se dirigeait vers la Nouvelle-Zélande, où une belle corvette anglaise était au mouillage dans la baie des Iles, quand les trois navires parurent à l'horizon.


XXII

DERRIÈRE LE RIDEAU.

Au point du jour, moins de douze heures après le tremblement de terre de Quiron, Taillevent et Parawâ, tout en fumant la pipe sur le gaillard d'avant, feuilletaient leurs vieux souvenirs et parlaient de la fameuse journée de la baie des Iles.