Les jours suivants, elle ne se permit même plus d'entr'ouvrir ses rideaux; mais attirée par un charme secret et puissant, elle ne cessait d'observer à la dérobée. Et toujours se reproduisait en elle la même impression, la même réminiscence mystérieuse qui se transformant en vision se traduisit en ces paroles de Catalina, sa mère:—«Oui! ma fille, c'est bien lui! c'est le Lion de la mer, vivant encore!...»

Et le canon retentissait, et tandis qu'agenouillée sur son prie-Dieu, elle demandait au Ciel comme un miracle que son rêve fût une réalité, et que celui pour le salut éternel de qui elle priait depuis sa tendre enfance fût à la fois Sans-Peur le Corsaire et le Lion de la mer,—tandis qu'elle délirait palpitante, son petit cheval péruvien hennit en frappant des pieds.

—Je voudrais garder le silence, mademoiselle, disait Léon, et pourtant il faut que je parle. Pour vous épargner une douleur, je donnerais ma vie, et cependant, il faut que j'éveille en vous d'affreux souvenirs.

Isabelle poussa un cri,—cri d'horreur, de reconnaissance et de joie:

—Ah!... mon Dieu!... C'est vous qui vengiez ma mère, c'est vous qui m'arrachiez aux assassins et me rendiez à mon malheureux aïeul... Vous êtes le Lion de la mer?

—Les Péruviens indigènes m'appelaient ainsi! dit l'aventureux capitaine.

—On nous fit croire que vous aviez péri; nous avons pleuré votre généreuse mémoire.

Isabelle s'était agenouillée; de pieuses larmes baignaient ses yeux. Elle invoquait sa mère Catalina, l'Indienne; elle remerciait Dieu de la mettre providentiellement en présence de celui qui l'avait, tout enfant, sauvée du massacre.

Léon s'unit de cœur aux saintes pensées de la jeune fille. De quelques instants, il ne rompit le silence.

Les gens du pays remarquaient, au sommet de la falaise, les mouvements du corsaire et ceux de la noble demoiselle. La curiosité en poussa quelques-uns à gravir le sentier par lequel descendaient enfin le corsaire français et la jeune fille appuyée à son bras.