La voix maternelle retentissait dans le cœur de l'intrépide jeune fille:—«C'est lui! c'est bien lui! c'est le Lion de la mer, vivant encore!...»

—Je vous revis alors, avec une joie et une douleur sans égales; votre noble père était rendu à la liberté, vous étiez à son bras, radieuse, profondément émue et fière des clameurs enthousiastes qui saluaient votre délivrance, mais une barrière infranchissable nous séparait...

—Oh! oui, c'est lui! c'est bien le Lion de la mer, vivant encore! murmurait dona Isabelle, qu'une réminiscence vague, mais constante, n'avait cessé de préoccuper depuis l'instant où elle s'était rencontrée, huit ou dix jours auparavant, avec le capitaine du brig le Lion.

Le corsaire, mouillé sous les murs du château, n'en était pas assez loin pour que, de sa fenêtre, dona Isabelle ne vît parfaitement Léon chaque fois qu'il était sur le pont de son bord.

Dès le premier jour, il s'inclina respectueusement à sa vue.

Elle se recula étonnée de la fixité de son regard et du geste éloquent qu'il fit comme pour remercier le Ciel de ce qu'elle lui apparaissait.

Le soir, une guitare péruvienne modula les airs qui avaient bercé son enfance.

Le lendemain, le capitaine français, de crainte de l'intimider, ne se montra point; mais il n'eut point de peine à voir avec quelle attention elle regarda plusieurs pavillons aux emblèmes, connus d'elle seule, que déroulèrent et replièrent successivement quelques hommes du bord.

Elle avait ressenti coup sur coup d'indéfinissables impressions.

Les airs du pays natal retentissaient dans le silence de la nuit, et en fermant les yeux, elle vit en ses plus lointains souvenirs d'enfance cet étranger à grands cheveux blonds, aux traits aquilins, au teint blanc et ardemment coloré, au sourire doux et fier, ce corsaire français qui l'avait saluée en levant les mains au ciel.