Cette femme était la mère d'Isabelle, la célèbre Catalina de Saïri.
En 1780, lors de la dernière insurrection des Péruviens indigènes, elle avait péri massacrée par les soldats espagnols. Isabelle, âgée alors de sept ans, conservait le cruel souvenir d'une journée d'horreur qui lui rendait odieux les oppresseurs de sa nation.
Depuis près d'une année, la jeune fille avait fermé les yeux du marquis son père, mort au château de Garba;—elle n'aspirait maintenant qu'à retourner au Pérou et à s'éloigner d'un frère qui la regardait au moins comme une étrangère, sinon comme une ennemie.
Don Ramon rentra dans son appartement avec humeur et se rapprocha du brasero rempli de charbons ardents, car la brise était froide. Puis, roulant entre les doigts un papelito catalan, il songea aux biens considérables que le marquis son père avait laissés au Pérou.—Sans Isabelle, qui en était la seule héritière, il les aurait fait vendre et serait devenu le plus riche seigneur des côtes de Galice.
On reconnaîtra que Sans-Peur le Corsaire avait assez mal mérité de don Ramon de Garba y Palos en sauvant la vie à sa sœur. Sans-Peur le Corsaire, il est vrai, tenait fort peu aux bonnes grâces de Sa Seigneurie don Ramon de Garba y Palos.
III
RECONNAISSANCE.
Par un mouvement soudain qui n'était ni de la timidité, ni de la retenue, ni de la fierté, dona Isabelle, l'amazone péruvienne, s'était reculée. Immobile, silencieuse, plus troublée peut-être qu'à l'instant où elle s'était vue suspendue sur l'abîme, elle contemplait comme une vision d'outre-tombe le héros qui lui disait:
—Mademoiselle, ce n'est point un hasard qui m'a fait choisir cette crique pour lieu d'abri. J'étais au Pérou, il y a deux ans... il y a deux ans, quand vous en partiez...