Le novice recula prudemment.
—Est-ce que j'ai mal parlé? murmura-t-il.
—Celui qui se mêle des affaires du capitaine parle toujours mal. Ainsi, pas un mot de plus, ou gare dessous! Va-t'en au poste des blessés, failli mousse, tu sais bien qu'il y a là de la besogne pour toi.
Camuset fila son nœud, pour parler en style du gaillard d'avant; mais les corsaires groupés autour de leur maître d'équipage continuèrent la causerie, tandis que les riverains désappointés voyaient le brig naviguer à son aise dans la crique située en dedans des récifs.
Les riverains, pourtant, n'étaient pas les plus désappointés.
Du balcon de son antique[NT1-1] château, le jeune seigneur don Ramon de Gerba venait, à l'aide d'une lunette d'approche, de suivre tous les mouvements du brig et de l'amazone, son imprudente sœur.
—Mort de mon âme! grommela-t-il en bon espagnol, un excellent cheval tué, le brig sauvé encore une fois, ma sœur l'Indienne en tête-à-tête avec cet aventurier français, et une occasion rare perdue!...
La qualification d'Indienne donnée avec amertume à dona Isabelle par son aîné pourrait démontrer jusqu'à quel point étaient fraternels les regrets de don Ramon pour la rare occasion qu'il perdait. Certes, il n'aurait pas eu grand souci de l'excellent cheval, si Sans-Peur le Corsaire n'avait pu arriver à temps.
—Mais aussi, pourquoi le marquis de Garba y Palos, son père, le laissant tout enfant en Espagne, avait-il épousé, au Pérou, une femme de race trop illustre et trop ardemment éprise de l'amour de ses infortunés compatriotes?