II
DÉSAPPOINTEMENTS.
Les ordres du capitaine corsaire furent admirablement exécutés. Léon de Roqueforte pouvait compter sur ses valeureux compagnons.
Avant même qu'il se fût jeté au devant de l'étalon fougueux, la hache de maître Taillevent frappait le câble, le foc était orienté de nouveau, et, trompant l'attente des naufrageurs, le Lion secouait sa crinière d'écume en gouvernant vers le mouillage qu'il avait abandonné la veille au coucher du soleil.
—Quel homme! quel homme! mille noms d'un tremblement à la voile! s'écria l'alerte maître d'équipage quand la manœuvre fut achevée. Il sauta pis qu'un baril de poudre, foi de matelot! Tout le connaît, le feu, l'eau, la brise carabinée, tout, jusqu'à la terre, jusqu'aux chevaux...
—Pardonnerez, maître,—osa répondre Camuset le novice, qui, malgré les usages républicains, ne se serait pas permis de tutoyer son ancien et supérieur;—pardonnerez! Le cheval n'a guère eu goût à la connaissance, m'est avis, vu qu'il s'est affolé en grand comme un paquet de bêtisailles, parlant par respect...
A défaut de mieux, les pillards du rivage écorchaient le malheureux cheval, et maître Taillevent disait à ses camarades:
—Voilà des coquins qui espéraient meilleure chance!... Un faux coup de barre, garçons, notre vaillant Lion était traité pis que cette pauvre bête...
—Et le capitaine ne serait pas à la promenade avec la princesse de là-haut.
—Camuset! Camuset! tu vas te faire amurer, dit le maître en serrant son poing vigoureux.