Grâce au prestige de Léo l'Atoua, la plupart devinrent de bons serviteurs. Les autres furent jetés sur les côtes de la Nouvelle-Hollande où Léon avait établi sa croisière, et où il eut l'occasion de faire quelques prises.
Malheureusement, faute de capitaines capables, il fut obligé de les brûler.
Deux années de navigations hardies et d'aventures étranges eurent pour résultat que dans tous les principaux archipels le Lion de la mer n'exerçait pas moins d'influence qu'à la baie des Iles.
Aux Marquises, comme à la Nouvelle-Zélande, il fut proclamé chef des chefs.
Aux Samoa, on lui éleva des autels.
Dans l'archipel Haouaï, malgré la légende qui faisait un dieu du capitaine Cook, il parvint à gagner la confiance des chefs, et contribua puissamment ainsi à l'excellent accueil qui attendait Lapérouse en 1786.
A Taïti, la reine régente Hidia, mère de Pomaré II, lui donna le nom de frère; elle lui facilita les moyens d'établir des chantiers de construction et de réparation pour ses navires.
Aux îles Tonga, un parti puissant avait embrassé sa cause.
Mais avec ses équipages polynésiens, il ne pouvait songer à regagner les mers d'Europe; ses matelots européens ne demandaient qu'à s'établir dans les îles; plusieurs fois il dut y consentir. Le défaut d'officiers le plaçait enfin, à chaque instant, dans les plus difficiles positions.
Il résolut de former à la grande navigation quelques indigènes intelligents, et jeta spécialement les yeux sur le Néo-Zélandais Parawâ, qui, dans ses pirogues de guerre, avait accompli déjà des voyages de plus de cent lieues hors de vue des côtes.