—Ah! plût à Dieu que je n'en eusse point d'autres! s'écria le roi avec une noble fierté. Plus d'hésitations dans ma conduite, alors!... J'irais moi-même commander mon armée navale...

Mais l'odieux Ça ira se fit entendre encore, et Louis XVI, découragé, congédia le jeune comte de Roqueforte, qui ne put s'empêcher de combattre pour lui à la journée du 10 août.

Laissé parmi les morts, Léon dut la vie à l'humanité d'un fougueux patriote, dont la femme le soigna comme un fils.

La République fut proclamée. La guerre avec l'Angleterre était imminente.

Léon se rend à Port-Bail, chez son fidèle Taillevent, qu'exaspèrent maintenant les événements politiques.

—Ah! mon capitaine, disait-il, les pires sauvages ne sont pas à la Nouvelle-Zélande... Mais, tremblement du diable! ces sans-culottes-là ne voient donc pas qu'ils font les affaires des Anglais!... Nous y perdrons nos colonies, notre marine, notre commerce...

Le jour de la déclaration de guerre, le Taillevent, monté par Tom Lebon, se trouvait par malheur du côté de Jersey. Par ce fait seul, le petit bâtiment était perdu pour la famille. Tom Lebon en personne, attendu ses relations trop intimes avec les Français, fut pressé comme matelot et enrôlé dans la marine britannique.

—Enfants! s'écria Léon, souffrirons-nous que la barque des Taillevent reste au pouvoir des Anglais? A moi, les gens de bonne volonté!...

Il ne fut fils d'honnête femme parmi les matelots et pêcheurs du canton qui ne se déclarât prêt à le suivre. Toutes les barques, toutes les armes à feu du pays sont mises à contribution. A nuit tombée, la flottille met sous voiles.

De cette nuit-là date le nom de Sans-Peur, le nom de Sans-Peur le Corsaire de la République.