La marée et l'obscurité sont ses auxiliaires.—Taillevent et la plupart des marins de Port-Bail connaissent d'enfance l'entrée du port et le lieu où est amarré le caboteur en litige.
Un garde-côte anglais hèle la première embarcation, elle répond: Pêcheur, et passe. Une seconde, une troisième passent de même; mais une quatrième plus grande se montre. Une défiance fort légitime s'empare des Anglais, qui sont armés et ordonnent au caboteur de mettre en panne.
A cet ordre, Taillevent donne un coup de barre à la barque; Léon s'écrie:
—Sans-Peur!...
C'est le signal de l'abordage, de la mêlée, de l'incendie et d'un carnage affreux.
Les gens des trois premières barques de pêche ont déjà surpris l'unique gardien du Taillevent et démarré le fameux chasse-marée acheté des deniers dont le roi avait gratifié le maître d'équipage.—D'autres mettent le feu à bord des navires anglais du port.
Les forts se garnissent de soldats, le tocsin d'alarme sonne, le canon gronde bientôt.
Sans-Peur commande maintenant à bord du garde-côte enlevé; il dirige la retraite, et finit par ramener à Port-Bail le double de barques qu'il n'en avait au départ.
Ce coup de main improvisé fit un tort incalculable aux Anglais de Jersey, et ne coûta pas la vie d'un seul homme.
Le Taillevent n'étant pas susceptible d'armer en course, fut utilisé dans la rivière. Mais le garde-côte capturé, joli brig de dix canons, prit le nom de Lion, fut nationalisé français et transformé en corsaire.