—Eh bien, je veux y être cette fois!... reprend la jeune femme.

—Je vous accompagnerai donc, moi aussi! ajoute Andrès. Le Lion de la mer ne refusera point une place sur son bord à celui qui fut autrefois son général.

Les Quichuas demandent à embarquer avec leur cacique.

Léon y consent.

Les blessés, confiés aux soins des femmes, restent seuls dans le château de Quiron. Au point du jour, tous les préparatifs sont achevés.

Mais de son côté, la Santa-Cruz a établi un gouvernail et un mât de fortune. Les voiles hautes, elle s'avance vers la Lionne, qui, les sabords fermés, semble dormir sur ses ancres.

L'équipage espagnol est composé de quatre cents marins aguerris. L'équipage de la frégate française est formé d'éléments divers; mais la disproportion des forces a cessé. Cent vingt corsaires normands, bretons ou aventuriers, embarqués les uns à Port-Bail, les autres au Havre, une centaine d'autres Français de provenances diverses, recrutés par force majeure depuis Bayonne jusqu'au bas de la Plata, et enfin soixante ou quatre-vingts Quichuas, en partie pêcheurs, tous pleins de bonne volonté, sont rangés sous les ordres de Léon.

Un rôle de combat est improvisé. On saura utiliser les plus inhabiles au métier de marin.

Après avoir bien examiné la situation des deux navires, le commandant de la Santa-Cruz disait à ses officiers:

—Les Français ont espéré que leur demi-succès d'hier sauverait leur frégate. Ils ont supposé que nous n'oserions pas les relancer jusqu'ici. Leur insolente audace n'aura servi de rien; leur prise sera reprise sous leurs yeux. Quant à leur brig, qui s'est retranché derrière des récifs dont nous ne pouvons approcher, il a beau avoir pris la meilleure position possible, il ne nous échappera point. Nous lui coupons la retraite avec la frégate, et nous débarquons six pièces de gros calibre que nous établissons en batterie sur la hauteur pour le foudroyer.