La lune éclairait la marche de la petite caravane divisée par groupes, dont le premier, composé de guides excellents, explorait le terrain et devait, en cas d'alerte, se replier sur le noyau central où Andrès, malgré son grand âge, exerçait le commandement.

Avant le jour, on se trouvait dans d'étroits défilés.

Les marins, pour la plupart, furent obligés de mettre pied à terre et de remorquer leurs chevaux, tandis que les Péruviens continuaient aisément leur route sur le versant des précipices.

—Malgré ça, disait Camuset, on serait plus commodément grand largue par une jolie brise dans une bonne embarcation.

—Bon! tu trouvais de l'agrément à louvoyer sur le plancher des veaux! dit Taillevent, qui, pour sa part, chevauchait en fumant sa vieille pipe.

—De l'agrément, maître, il y en a tout de même, répondit Camuset. Aïe!.... mon soulier est défoncé par ces cailloux sauvages.

—Connu!... sois calme, quand tu auras fait encore une couple de lieues, tu seras nu-pieds...

—Mais ça coupe pis qu'un rasoir.

—On ne les a pourtant pas repassés, mon gars! Tranquillise-toi, attends les ronces, les épines et les cierges du Pérou; tu m'en diras des nouvelles du charme de louvoyer dans les mornes.

—Vous voulez rire, maître; eh bien, là, sans mentir, j'y en trouve du charme. C'est que ça ne ressemble pas aux pommiers de Normandie, da!...