Sur ces propos, entremêlés de digressions de tous genres, on pénétra dans une gorge de rochers où l'on campa jusqu'à la nuit suivante. Une tente fut dressée pour Andrès et les femmes. Quichuas et matelots dormirent sur la mousse.
Sans-Peur avait organisé un service de vedettes. Elles signalèrent les rencontres fâcheuses et facilitèrent les moyens de les éviter, jusqu'à ce qu'on fût aux bords du lac de l'île de Plomb. La troupe s'arrêta enfin dans un canton habité par une tribu nomade d'Aymaras, dont le chef n'ignorait point qu'Andrès vivait encore.
Un messager lui remit, selon l'antique usage, une frange de la borla du vieux cacique.
Le chef aymara la reçut avec un profond respect.
—Qu'est-il ordonné au serviteur du grand chef des Condors? demanda-t-il.
—Le grand chef des Condors et le Lion de la mer, époux d'Isabelle, la fille des Incas, sont dans la vallée du Torrent.
—Dieu! l'heure est donc venue!
—Je l'ignore! Je suis chargé seulement de te dire de faire préparer des barques et d'envoyer des hommes fidèles à la garde de leurs chevaux.
Une heure après, la caravane, singulièrement réduite par le départ de messagers expédiés dans les divers cantons des alentours, voguait sur les eaux profondes du lac des Cordillères.
—A la bonne heure! ceci me connaît! s'était écrié Camuset en saisissant une rame.