Les barques montées par les compagnons du dernier successeur des Incas, les déposèrent bientôt sur l'île sainte, au milieu des ruines de l'antique temple du Soleil.
La nuit enveloppait les cimes des Cordillères et les eaux froides du grand lac. De toutes les rives, des pirogues se dirigeaient vers l'île de Plomb, berceau de la race des Incas, et maintenant son sépulcre.
Les pierres des tombeaux reflétaient les pâles rayons de l'astre des nuits.
Au milieu d'un silence funèbre, les barques touchaient les divers points de l'îlot sacré; un mot de passe était échangé entre les sentinelles et les rameurs. Les indigènes mettaient pied à terre; ils recevaient l'ordre de se coucher dans les ruines et d'attendre; puis les canots repartaient pour aller se charger d'autres indigènes des diverses tribus de la montagne.
Ainsi l'îlot solitaire se peuplait peu à peu.
Avant le jour, il fut couvert d'une multitude de chefs et de guerriers aymaras, chiquitos ou quichuas, dont quelques-uns avaient fait plus de cinquante lieues pour se trouver au rendez-vous national.
Le soleil, à son lever, éclaira une scène solennelle qui empruntait à son théâtre un caractère mystérieux.
Au centre d'une enceinte formée par des fûts de colonnes brisées, couvertes de végétation et ombragées par des arbres séculaires, se trouvait une tombe sur laquelle on lisait:
«Ici reposent les restes mortels d'Andrès de Saïri, cacique de Tinta, dernier grand chef des Condors.—Dieu garde son âme!»
Or la pierre du tombeau ne le recouvrait plus.