Elle avait été dressée de manière à faire face au peuple; son inscription funéraire était devenue celle d'un vaste piédestal, au-dessus duquel s'élevait le trône du vieillard.

Quand il fut permis aux Péruviens de s'approcher, ils virent avec un étonnement religieux la tombe ouverte et vide aux pieds du successeur des Incas.

Drapé dans le manteau royal, couronné de la borla aux franges d'or, Andrès tenait à la main un sceptre d'une forme antique. Sur un siège moins haut, était assise à sa droite Isabelle, la fille de l'héroïque Catalina, telle maintenant qu'on avait autrefois connu la compagne du marquis de Garba y Palos. Un groupe de chefs respectés les entourait. Au premier rang, on remarquait, portant le drapeau du Soleil, celui qu'on avait si souvent vu à la tête des plus braves, pendant l'insurrection de Tupac Amaru, celui qu'on avait pleuré comme un frère, et dont la légende célébrait encore les grands exploits sous le nom de Lion de la mer.

Il semblait qu'une triple résurrection eut lieu dans l'île sainte où le premier des Incas[16], le fils du Soleil, était jadis descendu des cieux avec sa compagne[17], pour répandre la lumière parmi les nations sauvages du Pérou.

[16] Manco-Capac.

[17] Mama-Oello.

La vaste surface du lac étant absolument déserte, on pouvait sans crainte se livrer aux plus brillantes démonstrations, puisque aucun Espagnol ne surprendrait les mystères de l'assemblée. Des cris d'enthousiasme éclatèrent de toutes parts.

Les indigènes réunis n'avaient pas été convoqués au hasard; la majeure partie d'entre eux ayant, douze années auparavant, combattu sous l'infortuné José-Gabriel Condor Kanki, la triple apparition dont ils étaient témoins n'était pour aucun d'eux une vaine parade. Les uns avaient fait le siége de Sorata, les autres avaient suivi la bannière de Catalina, la mère d'Isabelle; tous ils avaient connu le Lion de la mer.

Andrès fit un signe, le silence se rétablit.

Il étendit son sceptre, et montrant la fosse béante à ses pieds: