BATAILLE DE QUIRON.
La frégate anglaise la Firefly avait mouillé au Callao avant de se diriger sur la baie de Quiron. Son capitaine, qui apportait les documents fournis par les missions anglaises, se concerta naturellement avec le vice-roi. Les Espagnols agirent par terre, tandis que les Anglais allaient attaquer par mer.
Au moment même où Sans-Peur apercevait dans la direction du nord la frégate ennemie, il vit sur la pointe sud de la baie de Quiron un pavillon qui lui signalait des dangers à terre.
—Andrès est menacé, dit-il à Isabelle. La route suivie par cet anglais prouve qu'on a découvert notre asile.
—Ah! mon Dieu! s'écria la jeune mère de famille, je vois des troupes espagnoles sur la montagne!... et j'ai deux de mes enfants à terre!...
Léonin et Lionel, les deux jumeaux, âgés d'environ trois ans, se roulaient aux pieds de leur bisaïeul assis sur une sorte de palanquin, d'où il donnait à voix basse ses ordres transmis aussitôt à ses fidèles serviteurs.
Gabriel, sur le gaillard d'arrière de la corvette le Lion, avait pour compagnon de jeux un petit garçon d'un an plus jeune que lui, né en mer et baptisé à bord du nom euphonique de Liméno Taillevent.
Camuset, qui jouissait du privilége d'être spécialement chargé de la garde du petit Gabriel, était en tiers dans leurs récréations. Il les suivait dans la mâture, leur enseignait à faire toutes sortes de nœuds, était leur maître d'escrime, de bâton et de natation, trouvait ses fonctions charmantes, et avait cessé d'être tarabusté par maître Taillevent, qui le traitait de camarade.
—Ah! s'il pouvait un jour m'appeler son matelot! disait naïvement le vaillant garçon.
Mais le titre sacro-saint de matelot ne pouvait être décerné par maître Taillevent qu'à un seul homme dans le monde, c'est-à-dire Tom Lebon de Jersey, anglais de nation, français de cœur...