—Le mari de ma femme, le fils de ma mère, et le père de ses petits-enfants! disait encore quelquefois le brave maître par un reste d'habitude à laquelle Liména mettait bon ordre.
—Ta femme, c'est moi! et le seul petit-fils de ta mère, Liméno notre enfant.
—Doucement, madame Taillevent, répliquait le maître. Pour la première chose, j'ai tort; tu es ma femme, et l'autre est celle de mon matelot Tom Lebon. Mais pour la seconde chose, je dis et je répète que mon matelot est le fils de ma bonne femme de mère... par substantation, langage du notaire de chez nous.
—Pardonnerez, maître, objectait Camuset, le notaire de chez nous a dit substitution.
—Je n'en fais pas la différence, mon camarade, reprit Taillevent avec bonhomie, mettons tanta, titu, touto, tuti, tout ce que tu voudras; en néo-zélandais on dirait papaï; demande plutôt au vieux Parawâ.
Parawâ et bon nombre de ses compatriotes étaient alors, soit à bord de la corvette le Lion, soit sur la prise anglaise l'Unicorn, qui entrèrent de conserve dons la baie de Quiron.
La Firefly, chargée de toile, gouvernait sur elles, sabords ouverts, mèches allumées.
Le Lion et l'Unicorn hissèrent pavillon français, l'appuyèrent d'un coup de canon et s'embossèrent à l'extrémité la plus reculée de la baie.
Sans-Peur emmenant son fils Gabriel, Taillevent, Camuset et cinquante autres se jetèrent dans la chaloupe ou le grand canot.
Isabelle, suivie de Parawâ, se précipita vers le château de Quiron, où les serviteurs d'Andrès s'apprêtaient à opposer aux troupes espagnoles une résistance vigoureuse.