A bord de la Firefly, on observait les mouvements des embarcations qui se remplissaient de marins des deux navires. On crut nécessairement qu'ils prenaient la fuite.

Perfectly well! parfaitement bien! dit le commodore anglais. Les drôles ne se doutent pas de ce qui les attend à terre!.. Allons prendre leur navires abandonnés. La cavalerie espagnole fera le reste.

Le commodore qui parlait ainsi ne pouvait voir qu'au même instant des masses de rochers se détachaient des flancs de la montagne où s'introduisait une nombreuse flottille des balses péruviennes.

La Firefly courait vers les deux navires embossés et qui, abandonnés ou non, lui présentaient le travers. Avec une prudence digne d'éloges, le commodore prit du tour de manière à leur offrir le côté, c'est-à-dire que sa manœuvre ne ressembla en rien à celle qui avait autrefois causé la prise de la Santa-Cruz. Toutefois, trouvant fâcheux d'endommager inutilement deux navires qui paraissaient en bon état, il mit en panne à petite portée de canon et fit amener quelques canots qui se dirigèrent vers la corvette et le trois-mâts l'Unicorn.

Les canots abordèrent; les officiers qui les commandaient montèrent sur le pont. On ne les vit pas redescendre. On ne vit pas non plus amener les couleurs françaises. Il était évident que les malheureux officiers de corvée venaient de se faire prendre au piége.

Le commodore se rapprocha en dérivant, et d'une voix menaçante:

—Amenez pavillon, cria-t-il, ou je vous coule!

Rien ne bougea.—Personne ne répondit à la menace.—Les canots anglais, rappelés à bord, revinrent sans leurs officiers, qui, à peine sur le pont des navires de Sans-Peur, avaient été brusquement terrassés, bâillonnés, garrottés et jetés à fond de cale. Autour de chaque canon se tenaient accroupis un nombre d'hommes suffisant pour le servir, et à l'arrière, caché par le bastingage, un officier corsaire donnait ses ordres par signes.

A bord du Lion, c'était Émile Féraux,—à bord de l'Unicorn, Bédarieux,—deux braves capitaines de prises demeurés fidèles à la fortune de Léon de Roqueforte.

—Canonniers!... à couler bas!... Feu!... commanda enfin le commodore de la Firefly.