Un nuage de fumée enveloppa la frégate anglaise.
Le Lion et l'Unicorn, se réveillant alors, ripostèrent par leurs volées; la fumée s'épaissit.
Avant qu'elle se fût dissipée, du flanc de la montagne sortit une frégate qui, sans un chiffon de toile au vent, s'élançait avec une rapidité magique sur l'arrière de la Firefly, prise inopinément en enfilade et puis entre deux feux,—car la Lionne, toujours sans avoir déployé une voile, tourna soudain sur elle-même, longea la frégate anglaise et la cribla d'une seconde bordée à bout portant.
Cette attaque était trois fois fantastique.
Sortie de sa caverne comme elle y était entrée, au moyen d'un chapelet de balses, la Lionne se hala sur un système d'amarres disposées à l'avance dans la prévision des deux manœuvres exécutées coup sur coup avec une admirable précision.
La bordée en enfilade jeta le désordre à bord de la Firefly. Son gouvernail brisé, ses vergues, ses mâts, ses cordages hachés par la mitraille, ses voiles déchirées et pendantes, la réduisaient à l'impossibilité de manœuvrer.
Et au même instant, la Lionne abandonnait ses amarres de fond en larguant ses voiles, tandis que la corvette le Lion et l'Unicorn continuaient à faire feu. Ces deux navires, si peu redoutables dans le principe, la secondaient maintenant d'une manière désastreuse pour la Firefly.
Cependant, à terre se passait une autre action qui préoccupait à trop juste titre l'intrépide Sans-Peur.
Isabelle, les deux jumeaux Léonin et Lionel, le noble Andrès et ses Péruviens étaient attaqués par des troupes nombreuses qui ne reculèrent pas devant quelques pièces d'artillerie assez maladroitement pointées.
La cavalerie espagnole s'empara même de plusieurs canons. Le vieux château de Quiron, battu en brèche, allait s'écrouler. Un incendie s'y déclarait.