—Démonio! tas de pécores! leur cria Taillevent en espagnol. Mettez-vous donc sur les balses et n'allez pas trop loin!... Allons! Concha, Pépita, Dolorès, Carmen! femelles endiablées, taisez-vous; attrapez-moi les pagaies!... Si ma femme était là, seulement!
Mais Liména ne s'était pas séparée d'Isabelle.
D'un signe, Taillevent ordonne à deux des canotiers d'organiser une flottille de balses, tandis qu'à la tête des autres il s'élance sur les pas de Sans-Peur.
Andrès venait de recevoir une balle en pleine poitrine et ne commandait plus.
Isabelle, à cheval, tenant ses deux enfants pressés contre son cœur, était menacée par les cavaliers espagnols. L'amour maternel redoublait son énergie. Plusieurs fois, tout en battant en retraite, elle déchargea ses pistolets d'arçon. Autour d'elle, on se massacrait.
Parawâ, son méré casse-tête au poing, abattait quiconque osait s'approcher d'elle; et Liména, montée sur une jument des Malouines, se comportait comme un homme.
Cependant, épuisés, décimés, hors d'état de résister davantage, les Quichuas allaient être enveloppés, lorsque Sans-Peur, Taillevent et leurs matelots arrivèrent en renversant tout sur leur passage.
A leur vue, Parawâ jette le cri Pi-Hé d'un accent si terrible que l'épouvante gagne les chasseurs espagnols.—Ils reculent.—Le chemin de la mer est libre.
—Au galop! Isabelle, au galop!... dit Sans-Peur.
Par malheur, la panique des cavaliers ne dura qu'un instant.